Iran: Narges Mohammadi "entre la vie et la mort", selon ses soutiens
Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix en 2023 et détenue en Iran depuis décembre, risque de mourir si elle ne reçoit pas de soins de façon urgente, après une grave détérioration de son état de santé, ont affirmé mardi ses soutiens.
La militante des droits humains de 54 ans avait été transférée début mai de la prison de Zanjan (nord) à un hôpital de la région après "deux épisodes de perte totale de conscience et une crise cardiaque", selon un communiqué de sa fondation publié vendredi.
"Nous n'avons jamais eu aussi peur pour la vie de Narges, elle risque à tout moment de nous quitter", a déclaré mardi son avocate Me Chirinne Ardakani lors d'un point presse de son comité de soutien à Paris.
"On ne se bat pas que pour sa liberté, on se bat pour que son coeur continue de battre", a-t-elle ajouté.
Elle a évoqué à ce sujet le sort du dissident chinois et lauréat du prix Nobel de la paix Liu Xiaobo, mort en détention médicale en 2017, et celui de l'opposant russe Alexeï Navalny, mort dans une prison russe en 2024.
Le responsable du Moyen-Orient à Reporters sans frontières (RSF), Jonathan Dagher, a aussi affirmé qu'elle se trouvait "entre la vie et la mort".
"Il faut agir avant que ce soit trop tard", a-t-il insisté.
- "Méconnaissable" -
Les deux jumeaux de Mme Mohammadi, Ali et Kiana Rahmani, qui vivent et étudient à Paris, n'ont pas vu leur mère depuis plus de dix ans et ont reçu le prix Nobel en son nom alors qu'elle était en prison.
Les enfants n'étaient pas présents mais une déclaration a été lue lors de la conférence de presse, dans laquelle Kiana dénonce le fait que sa mère reçoive des soins "minimaux" et qu'elle soit "constamment sous surveillance".
L'avocate a exhorté Emmanuel Macron à adopter une ligne plus ferme dans cette affaire.
"Nous attendons du président une position forte. Je ne pense pas que ce soit excessif" de faire une telle demande, a déclaré l'avocate.
Mme Mohammadi a perdu 20 kg en prison, a des difficultés à s'exprimer et est actuellement "méconnaissable" par rapport à son état avant sa dernière arrestation, selon elle.
Les soutiens de la militante souhaitent qu'elle soit transférée à Téhéran pour être soignée par son équipe médicale personnelle.
Dans un communiqué, la secrétaire générale d'Amnesty International a déclaré que les autorités iraniennes mettaient la vie de Mme Mohammadi "en danger en la soumettant à la torture ou à d'autres mauvais traitements par un refus délibéré de soins médicaux spécialisés, appropriés et fournis en temps utile".
Agnès Callamard a affirmé que la "détenue d'opinion" avait besoin de soins d'urgence dans un hôpital à Téhéran.
Narges Mohammadi, dont les plus de deux décennies de militantisme ont été récompensées par le prix Nobel de la paix en 2023, a été arrêtée le 12 décembre à Mashhad (est) après avoir critiqué les autorités religieuses iraniennes lors d'une cérémonie funéraire.
En février dernier, elle a été condamnée à six années de prison pour atteinte à la sécurité nationale et un an et demi d'emprisonnement pour propagande contre le système islamique de l'Iran.
Ces 25 dernières années, Mme Mohammadi a été à plusieurs reprises incarcérée pour son engagement contre la peine de mort et le code vestimentaire strict imposé aux Iraniennes.
(Y.Rousseau--LPdF)