La police de Londres sur le qui-vive avant une marche d'extrême droite
La police est en alerte samedi avant des manifestations susceptibles de rassembler à Londres des dizaines de milliers de personnes, dont celle du militant anti-islam et anti-immigration Tommy Robinson, qui espère réaliser une nouvelle démonstration de force.
Quelque 4.000 policiers seront déployés lors d'une opération de maintien de l'ordre "sans précédent ces dernières années", pour encadrer également une marche propalestinienne et la finale de la Coupe d'Angleterre entre Manchester City et Chelsea au stade de Wembley, qui réunira près de 90.000 spectateurs.
La police prévoit de déployer véhicules blindés, drones et hélicoptères, ainsi que des caméras de reconnaissance faciale en direct - une première dans le cadre d'une manifestation.
Tommy Robinson, de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, va tenter de reproduire le succès de sa marche organisée en septembre, qui avait vu jusqu'à 150.000 personnes affluer à Londres pour défendre la "liberté d'expression".
"Ne portez pas de masques, abstenez-vous de boire de l'alcool en excès et soyez paisibles", a exhorté vendredi cet activiste, très populaire sur X malgré des condamnations et séjours en prison.
Cette marche, baptisée "Unite the Kingdom" ("Unir le royaume"), n'est pas affiliée au parti anti-immigration Reform UK. Mais elle intervient une semaine après le succès électoral obtenu lors de scrutins locaux par la formation de Nigel Farage, en tête des sondages pour les prochaines législatives prévues en 2029.
Downing Street a annoncé que 11 "agitateurs étrangers d'extrême droite" avaient été interdits d'entrée au Royaume-Uni.
Figure parmi eux l'Américano-Colombienne Valentina Gomez, "connue pour tenir des propos incendiaires et déshumanisants à l'égard des musulmans".
L'eurodéputé nationaliste polonais Dominik Tarczynski et le député régional flamand du parti d'extrême droite belge Vlaams Belang, Filip Dewinter, ont aussi dit s'être fait refuser l'entrée.
Leur invitation illustre les dynamiques d'une extrême droite "internationale", avec "un réseau qui travaille en synergie", indique à l'AFP Matthew Feldman, spécialiste du sujet à l'université anglaise de Teesside.
Même si la participation est "difficile" à estimer, la police s'attend à ce qu'elle dépasse les "50.000 personnes", a déclaré la commandante Clair Haynes lors d'une réunion vendredi au centre de commandement et de contrôle de la police londonienne avec le Premier ministre Keir Starmer.
- "Instabilité mondiale" -
Les organisateurs sont des "voyous et des racistes condamnés par la justice, qui colportent la haine et la division", a martelé le chef du gouvernement travailliste dans une vidéo sur X, ajoutant que toute personne qui recourra à la violence fera face à "toute la force de la loi".
Selon Matthew Feldman, l'objectif de Tommy Robinson est de faire une "démonstration de force" qui se veut "respectueuse de la loi" et susceptible d'attirer des familles, contrairement aux rassemblements de son ancien groupe, l'English Defence League.
En septembre, des affrontements entre la police et les manifestants avaient toutefois éclaté.
La marche coïncidant aussi avec la finale de la Coupe d'Angleterre, les forces de l'ordre redoutent de voir des hooligans se joindre à ce rassemblement.
Certains participants de "Unite the Kingdom" pouvant selon la police représenter "une menace pour la sécurité publique", des caméras de reconnaissance faciale en direct, qui permettent d'identifier des suspects recherchés, ont été installées aux abords de la manifestation.
Ces mesures se justifient plus largement par "un contexte d'instabilité mondiale", qui peut "attiser les tensions et se répercuter" dans les rues, a indiqué le commissaire adjoint de la police James Harman.
Le Royaume-Uni a rehaussé début mai son niveau de menace terroriste d'un cran, à "sévère", après une attaque au couteau contre deux hommes juifs, et une série d'incendies et tentatives d'incendies à caractère antisémite. L'inquiétude s'est également accrue "au sein des communautés musulmanes", selon James Harman.
Des restrictions ont été imposées pour encadrer le parcours et tenir à distance les sympathisants de Tommy Robinson et les participants à la manifestation propalestinienne.
Cette dernière est organisée pour commémorer la "Nakba" ("Catastrophe" en arabe), la fuite et l'expulsion d'environ 760.000 Palestiniens lors de la création de l'Etat d'Israël, et s'opposer à l'extrême droite.
La police londonienne a promis d'arrêter toute personne qui scanderait "Mondialisons l'intifada", référence aux soulèvements palestiniens contre l'armée israélienne.
(L.Garnier--LPdF)