L'ex-top model star Carré Otis porte plainte pour viols contre un ancien responsable d'Elite
Confortée par les enquêtes-cadres parisiennes autour de Jeffrey Epstein, l'Américaine Carré Otis, ex-mannequin star des années 1980-90, a porté plainte à Paris pour viols contre Gérald Marie, ex-directeur Europe d'Elite, agence phare de top models.
Cette plainte "s'inscrit dans la continuité de l'affaire Epstein, parce que nous savons que ces hommes-là se connaissaient, se fréquentaient, avaient les mêmes mécanismes de prédation vis-à-vis de ces jeunes femmes, même parfois très jeunes" éclaire pour l'AFP Me Mathias Darmon, avocat de Carré Otis, également apparue sur grand écran aux côtés de la star Mickey Rourke, un temps son mari.
Me Darmon, avocat d'Innocence en danger, "association depuis le début au côté de Carré", note encore un "élan" avec les enquêtes-cadres dans le dossier Epstein lancées en début 2026 par le parquet de Paris.
La plaignante, aujourd'hui âgée de 57 ans et qui vit aux USA, accuse Gérald Marie, 76 ans aujourd'hui, de "viols sur mineurs commis lorsqu'elle était âgée de 17 ans" et de "traite d'êtres humains", comme a pu le consulter l'AFP, confirmant une information de Radio France.
La plainte, avec constitution de partie civile, a été déposée vendredi auprès du doyen des juges d'instruction du tribunal judiciaire de Paris.
Carré Otis, ex-membre du club fermé des supermodels (aux côtés de Naomi Campbell, Claudia Schiffer ou Cindy Crawford) assure que les faits présumés se déroulaient chez Gérald Marie au milieu des années 1980, en l'absence de sa compagne de l'époque, la top model Linda Evangelista.
- "Accusations mensongères" -
La plainte insiste sur la nécessité d'"investigations approfondies" afin "de vérifier si d'autres victimes ont pu être exposées à des faits similaires dans un contexte comparable", anticipant ainsi la question d'une éventuelle prescription.
"Les accusations mensongères et évolutives de Carré Otis ont déjà fait l'objet d'une enquête approfondie, classée sans suite en 2023", rétorque auprès de l'AFP Me Céline Bekerman, avocate de Gérald Marie.
Me Bekerman conçoit "difficilement qu'une nouvelle plainte, portant sur les mêmes faits - prétendument commis il y a plus de quarante ans - puisse prospérer, sauf à bafouer les principes les plus élémentaires de notre droit". "Gérald Marie a confiance dans la justice de notre pays", conclut l'avocate.
"Rejoignez-nous!" lançait à Paris à l'automne 2021 devant la presse Carré Otis, pour tenter de faire sortir du silence d'autres victimes présumées de Gérald Marie qu'elle et une quinzaine d'autres femmes accusaient de "viols".
Carré Otis avait été entendue à l'époque à Paris par les enquêteurs de la Brigade de protection des mineurs dans l'enquête préliminaire ouverte en septembre 2020 après une plainte d'une ex-journaliste de la BBC, Lisa Brinkworth, visant Gérald Marie pour "viols" et "agressions sexuelles", notamment sur mineurs.
Lisa Brinkworth, Britannique vivant à Londres, et Ebba P. Karlsson, Suédoise résidant aux États-Unis, toutes deux quinquagénaires, se sont d'ailleurs retrouvées à Paris en mars 2026 pour porter une lettre à l'attention de la procureure Laure Beccuau, avait constaté une journaliste de l'AFP.
- "Nature du lien" -
Ce courrier, signé par elles et d'autres femmes -- dont les précédentes procédures avaient été classées -- dénonce des violences sexuelles dans le milieu du mannequinat et demande à la justice française d'enquêter sur Gérald Marie.
"Ce que nous voulons que les enquêteurs déterminent, c'est la nature du lien entre Epstein et Gérald Marie et s'il a été impliqué dans des actes répréhensibles avec Epstein", avait expliqué à l'AFP Lisa Brinkworth.
Les quinze signataires, de nationalités britannique, néerlandaise, américaine et suédoise, estiment que la situation a évolué depuis le classement avec l'ouverture d'enquêtes-cadres à Paris autour de Jeffrey Epstein, pour infraction de traite des êtres humains et pour infractions financières.
Or dans leur lettre dont l'AFP a eu connaissance, les 15 femmes affirment pouvoir aider l'enquête en fournissant "des documents judiciaires et des courriels" montrant une collaboration entre Gérald Marie et Epstein notamment.
"Les allégations de ces plaignantes ont déjà été examinées par la justice française et ont donné lieu à une décision de classement sans suite", avait réagi en mars auprès de l'AFP Me Bekerman. "Gérald Marie aborde avec sérénité toute investigation relative à d'éventuels liens avec Jeffrey Epstein", avait encore exposé l'avocate.
(C.Fournier--LPdF)