Le pape Léon XIV appelle devant les élus espagnols à l'action face au "drame tragique de la migration"
Léon XIV a appelé lundi à une réponse "coordonnée, solidaire et efficace" face au "drame tragique de la migration" lors d'un discours inédit devant les élus espagnols, durant lequel il a jugé que la paix dans le monde était aujourd'hui une "véritable exigence morale".
Le chef spirituel des 1,4 milliard de catholiques dans le monde a également milité pour protéger la vie "depuis sa conception jusqu'à son déclin naturel", un appel loin d'être anodin en Espagne, où le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez a légalisé l'euthanasie sous conditions en 2021, et a proposé en octobre 2025 d'inclure dans la Constitution, comme en France, le droit à l'avortement.
Le pape, fervent défenseur des migrants attendu jeudi et vendredi sur l'archipel espagnol des Canaries, l'une des principales portes d'entrée de l'immigration en Europe, a demandé "une réponse coordonnée, solidaire et efficace" face à la question migratoire: "Aucune nation ne peut relever seule un défi de cette ampleur", a-t-il estimé.
À la différence de nombre de ses alliés européens, l'Espagne mène une politique migratoire relativement libérale et a récemment lancé un vaste plan de régularisation de sans-papiers, que le Parti populaire (droite conservatrice) et Vox (extrême droite) reprochent vertement au gouvernement de gauche.
Très critiqué par le président américain Donald Trump pour ses positions contre la guerre, Léon XIV, lui-même né aux Etats-Unis, a également appelé devant les députés et les sénateurs espagnols au "dialogue patient", déplorant la tendance actuelle au "réarmement", y compris en Europe.
"Les armes peuvent imposer un silence temporaire, mais elles ne pourront jamais construire une paix authentique et durable", a-t-il mis en garde: "Toute guerre constitue, en fin de compte, une douloureuse défaite de la capacité à négocier".
Son discours, le premier d'un souverain pontife au Parlement espagnol, a éta salué par de longs applaudissements des élus présents, certains lançant même "Vive le pape!".
Après une rencontre avec les évêques espagnols, Léon XIV devrait dans l'après-midi s'entretenir avec des victimes d'abus sexuels commis au sein de l'Eglise.
Cette rencontre à huis clos annoncée par les médias espagnols est déjà entachée de polémique, certaines des principales associations de victimes ayant déploré ne pas avoir été invitées.
"Nous sommes déçus que le pape, au lieu d’écouter un groupe suffisamment large de victimes, préfère nous laisser de côté", a déclaré lundi à l’AFP Juan Cuatrecasas, porte-parole de l’association Infancia Robada (Enfance volée), une des principales associations qui a critiqué par le passé l'Église pour son opacité sur la question des violences sexuelles.
"Nous allons continuer à faire pression jusqu’au bout, en insistant sur le fait que le pape doit nous voir, doit nous entendre, nous avons une voix", a-t-il ajouté devant la nonciature, l'ambassade du Vatican à Madrid.
Juan Cuatrecasas avait déjà jugé auprès de l'AFP que le pape risquait de se faire une vision "totalement biaisée de la réalité" s'il ne rencontrait que des victimes accompagnées par le projet Répare, porté par l'archevêché de Madrid.
Le Vatican avait annoncé que le pape rencontrerait des victimes au cours de sa visite de sept jours en Espagne, mais sans préciser où et quand.
S'adressant samedi aux journalistes dans l'avion qui le conduisait à Madrid, Léon XIV avait affirmé que le scandale des agressions sexuelles était "une plaie toujours ouverte" pour l'Église.
Quelque 200.000 mineurs auraient été victimes d'agressions commises par des membres du clergé en Espagne depuis 1940, selon un rapport de 2023 du Défenseur du peuple.
Le gouvernement du Premier ministre socialiste Pedro Sánchez et l'Église catholique en Espagne ont signé en mars un accord pour indemniser les victimes, après des années de réticence et d'opacité de la part de la hiérarchie ecclésiastique.
Au lendemain d'une messe en plein air célébrée dimanche à Madrid devant plus d'1,5 million de personnes selon les organisateurs, le pape participera au troisième jour de sa visite en Espagne à un autre grand rassemblement au stade Santiago Bernabéu, la mythique enceinte du Real Madrid, dans la soirée de lundi.
Il se rendra ensuite mardi à Barcelone, où il bénira mercredi la nouvelle tour de la basilique de la Sagrada Familia, à présent plus haute église au monde.
Enfin, son périple l'emmènera aux îles Canaries jeudi et vendredi, où il retrouvera Pedro Sanchez pour rendre hommage aux milliers de migrants morts en tentant de rejoindre l'Europe par la mer.
(M.LaRue--LPdF)