Le rappeur Naps condamné à sept ans de prison pour viol avec mandat de dépôt
Le rappeur Naps a été condamné jeudi à sept ans de prison, avec mandat de dépôt, pour avoir violé une femme durant son sommeil le 1er octobre 2021 dans une chambre d’hôtel parisienne.
A l'énoncé du verdict, la plaignante de 24 ans s'est effondrée.
L'air abattu, Nabil Boukhobza, qui comparaissait libre sous contrôle judiciaire devant la cour criminelle de Paris, a aussitôt été placé dans le box non vitré des accusés par des gendarmes, prenant sa femme dans ses bras, entouré de ses proches, dans l'attente d'être conduit en prison.
Dans ses motivations, la présidente, Danièle Dionisi a fait valoir "l'absence de consentement" de la victime et la constance de ses dires pendant toute la procédure, expliquant qu'elle "dormait" et que "la douleur de la pénétration l'avait réveillée."
"La décision est incompréhensible (...) pas un seul mot sur l'élément intentionnel, pas un seul mot, sur est-ce que Naps a eu l'intention d'imposer un rapport sexuel (...) Evidemment, on va faire appel", a réagi Nabil Boudi, l'un de ses trois avocats.
Plus tôt, lors de ces derniers mots devant la cour criminelle, le rappeur s’était défendu une dernière fois d'avoir eu "l'intention de violer qui que ce soit". "Vous avez mon avenir entre vos mains", avait-il ajouté.
"Elle a été entendue, elle a été crûe, la cour l'a pleinement reconnue dans sa qualité de victime après cinq ans de procédure donc c'est un vrai soulagement pour elle", s'est félicité de son côté Jean-Baptiste Boué-Diacquenod, l'avocat de la plaignante.
La peine prononcée est conforme aux réquisitions du parquet général, à l'exception du mandat de dépôt dont l'avocate générale avait demandé à ce qu'il soit différé.
"On essaie de vous faire croire qu’il s’agit de parole contre parole", mais les déclarations "circonstanciées" de la plaignante, qui "n’a jamais varié" dans son récit, prouvent un "viol par surprise", avait estimé plus tôt l'avocate générale Sarah Cadeillan.
Pendant tout son procès débuté lundi, l'artiste a nié avec force avoir violé la jeune femme de 24 ans dans son sommeil: "Jamais de la vie ça ne me viendrait à l’idée d’avoir un rapport avec une personne endormie (...) c’est impossible", s'est défendu le rappeur, aujourd'hui âgé de 40 ans.
- Récits brumeux -
Au petit matin du 1er octobre 2021, Emma (prénom modifié) et ses deux amies de l'époque sont invitées à passer la fin de soirée dans une chambre d'hôtel avec le rappeur, alors âgé de 35 ans. Epuisés par une nuit de fête, ils se couchent tous les quatre dans le même lit, sans se dévêtir. Emma explique alors s'être profondément endormie.
Dans un échange de textos lu à l'audience, la plaignante reproche longuement à l'une de ses amies présentes son inaction: " C’est normal que le mec ait réussi à rentrer en moi sous tes yeux ?!", "Sa bite elle était en toi car vu comme sa bite était minuscule ", lui rétorque son amie de l'époque.
Tous avaient consommé de l'alcool, du cannabis et du protoxyde d'azote, selon le rapport toxicologique. Leur état ce soir-là a également pu expliquer les imprécisions de la plaignante et des témoins, sur lesquelles la défense est longuement revenue.
"Qui n'a jamais regretté une nuit avec un homme ou une femme ? Est-ce pour autant un viol ?", s'était interrogé Me Orane Quénot, l'une des avocates de Naps.
Les trois jeunes femmes, dont les récits brumeux dans cette chambre diffèrent par moments, se rejoignent toutes sur un point: Emma dormait lorsque Naps l'a pénétrée.
Une version radicalement différente de celle défendue tout au long de la procédure et à la barre par l’accusé pour qui "tous les signaux (étaient) au vert". "Il y a eu des rapprochements dans la chambre, ça s'est fait naturellement", avait-il affirmé lors de son interrogatoire.
Dans ses réquisitions, l’avocate générale avait pointé l'absence de "remise en question" du musicien.
"Même si elle est inerte, une jeune fille ne peut pas lui résister, ne peut (pas) lui dire non", a-t-elle déploré, "car si elle est là, dans cette chambre d'hôtel, alors qu’il est connu, qu'elle s’est assise sur ses genoux, alors (c'est qu'elle) est d’accord."
Connu pour son tube "La Kiffance", le Marseillais a également été mis en examen en juillet 2024 dans le Var pour viols et agressions sexuelles à la suite des plaintes de trois jeunes femmes, dans un contexte similaire. Des accusations qu'il conteste également.
chg/cal/dch
(L.Chastain--LPdF)