Le Pays De France - Le réalisateur indien Shaunak Sen braque sa caméra sur son cancer

Paris -
Le réalisateur indien Shaunak Sen braque sa caméra sur son cancer
Le réalisateur indien Shaunak Sen braque sa caméra sur son cancer / Photo: © AFP

Le réalisateur indien Shaunak Sen braque sa caméra sur son cancer

Pour "surmonter son cancer" après "l'effroi" du diagnostic, le réalisateur indien Shaunak Sen en a fait le sujet d'un documentaire, une manière pour lui de poursuivre la réflexion sur la dégradation de l'environnement au cœur de son œuvre.

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M. Sen, nommé aux Oscars en 2023 pour "Tout ce que nous respirons" (suivant deux frères qui soignent les oiseaux victimes de la pollution à New Delhi) a eu le sentiment d'être à son tour une victime du brouillard toxique qui enveloppe la capitale indienne.

Ce diagnostic lui a fait prendre conscience qu'il était exposé aux "mêmes risques" que les oiseaux étouffés par la pollution intense, mais cette fois-ci "dans (son) propre corps", a confié le cinéaste de 39 ans lors d'un entretien accordé à l'AFP à son domicile de New Delhi.

"Chaque fois que vous demandez à (...) des oncologues pourquoi cela arrive ou pourquoi les cas de cancer connaissent actuellement une telle flambée, beaucoup évoquent des facteurs environnementaux, toxines, produits chimiques ou pollution de l'air", explique-t-il.

La mégapole indienne de 30 millions d'habitants figure régulièrement en tête de la liste des villes les plus polluées de la planète.

Les gaz toxiques émis par les usines ou la circulation automobile, auxquels s'ajoutent en hiver les fumées des brûlis agricoles, causent chaque année des milliers de morts prématurées, par cancers et maladies cardiaques ou respiratoires.

Selon une étude publiée en 2024 dans la revue The Lancet, 3,8 millions de morts en Inde entre 2009 et 2019 étaient liées à la pollution atmosphérique.

- "Une réalité effrayante" -

Le réalisateur reconnaît que son nouveau documentaire, qui n'a pas encore de titre, a été "une manière de faire face à la situation, de gérer, de prendre du recul (...) sur l'effroi provoqué par une telle annonce".

Il a choisi de placer son chirurgien au centre du script car il "ne voulai(t) pas faire quelque chose d'introspectif".

Les soignants étaient déjà au cœur de "Tout ce que nous respirons", le film de M. Sen récompensé par l'Oeil d'or du meilleur documentaire au Festival de Cannes en 2022.

"Ce que j'aimais chez le chirurgien, c'était sa capacité à s'effacer totalement, à se consacrer tout entier à l'instant présent", décrit-il.

Son film parle aussi de sa relation avec New Delhi, où il a grandi et a étudié, décor de l'ensemble de son œuvre sur lequel il pose "un regard beaucoup plus personnel (qu'il) ne l'avai(t) jamais fait auparavant".

Dans son premier documentaire "Cities of Sleep" (2016), il explorait le quotidien des sans-abri de la capitale à travers le prisme du sommeil, en les accompagnant dans leur quête d'un endroit sûr pour dormir.

En septembre, M. Sen participera au Festival international du film de Toronto (Canada) pour présenter son premier court métrage de fiction, "Termite", qui raconte l'histoire de deux agents chargés d'exterminer les insectes, toujours à Delhi.

Après avoir subi une intervention chirurgicale, le réalisateur sait que son rétablissement sera long.

Mais ce film a été pour lui "une manière d'éviter d'affronter une réalité effrayante" et de "la transformer esthétiquement en un projet" pour ne pas avoir à "la regarder en face dans toute sa sombre brutalité".

"J'imagine que c'est une manière de se voiler la face", conclut-il.

(E.Beaufort--LPdF)