Espagne: l'ex-Premier ministre socialiste Zapatero visé par une enquête pour trafic d'influence
L'ex-Premier ministre socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, qui a dirigé l'Espagne de 2004 à 2011, est mis en cause pour trafic d'influence dans l'enquête sur le sauvetage en 2021 d'une petite compagnie aérienne, une première dans le pays pour un ancien chef de gouvernement.
Il a été convoqué le 2 juin pour être entendu par le juge chargé de cette enquête, José Luis Calama, a précisé mardi l'Audience nationale, le tribunal spécialisé en Espagne dans les affaires les plus sensibles.
Des perquisitions ont eu lieu dans les bureaux de l'ancien chef du gouvernement et de trois autres sociétés, a indiqué le tribunal.
Il s'agit des entreprises de ses filles selon les médias espagnols.
Au coeur du dossier, le sauvetage, en pleine pandémie de Covid-19, de la compagnie aérienne Plus Ultra, renflouée grâce à un prêt de 53 millions d'euros d'argent public en mars 2021.
Le siège de la compagnie est à Madrid, mais l'entreprise compte parmi ses principaux actionnaires des hommes d'affaires vénézuéliens, présentés par l'opposition de droite comme des proches du régime du président déchu Nicolas Maduro.
Plus Ultra, poids plume du ciel espagnol, ne desservait en 2021 que l'Equateur, le Pérou et le Venezuela, avec quatre Airbus A-340.
La compagnie avait pourtant bénéficié de ce prêt d'urgence accordé par le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez, grâce à un fonds spécial de dix milliards d'euros destiné au sauvetage d'entreprises "stratégiques" mises en difficulté par la pandémie.
Selon le quotidien El Pais qui cite des sources proches des investigations, les enquêteurs s'intéressent à une société de conseil appartenant à un proche de M. Zapatero. Celle-ci aurait servi de relais financier pour verser des commissions occultes.
Le sauvetage de Plus Ultra avait outré l'opposition de droite: soulignant que l'entreprise était liée au Venezuela, elle avait aussi pointé que le ministre espagnol des Transports de l'époque José Luis Abalos avait rencontré à Madrid en janvier 2020 la N.2 du gouvernement vénézuélien Delcy Rodriguez, alors interdite d'entrée dans l'Union européenne, et qui a depuis succédé à Nicolas Maduro.
- "La muse" de Pedro Sánchez -
Comme plusieurs autres proches de l'actuel Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, José Luis Ábalos est lui-même au coeur d'autres enquêtes judiciaires, dont l'une lui a récemment valu de comparaître notamment pour corruption à Madrid, dans un procès dont il attend le verdict.
Mardi, la nouvelle de la mise en cause de l'ancien Premier ministre socialiste a suscité de nouvelles réactions du Parti populaire (PP, droite conservatrice), qui en a profité pour, de nouveau, cibler directement l'actuel chef de gouvernement.
"Zapatero est la muse du +sanchisme+ et cette muse est poursuivie par l'Audience nationale", a fustigé le PP dans des déclarations envoyées à la presse: "Le principe qui lie les deux derniers présidents du gouvernement d’Espagne issus du Parti socialiste (PSOE), c'est la corruption. Tous deux ont utilisé leur famille pour s'enrichir et tous deux ont dégradé l'institution qu'ils représentent ou ont représentée".
La nouvelle des poursuites visant José Luis Rodriguez Zapatero survient au surlendemain d'une nouvelle défaite électorale pour le PSOE du Premier ministre Pedro Sánchez, en Andalousie, région la plus peuplée d'Espagne, où la droite l'a emporté tout en ne parvenant pas à conserver sa majorité absolue.
Plusieurs proches de M. Sánchez, outre son ancien bras droit et ministre des Transports José Luis Ábalos, sont visés par des enquêtes judiciaires, dont son frère David, prochainement jugé pour trafic d'influence, ou son épouse Begoña Gómez, qui pourrait comparaître pour corruption.
Aucun chef de gouvernement ou ex-Premier ministre n'avait jusqu'ici été poursuivi en Espagne, même si plusieurs d'entre eux, dont Pedro Sánchez, mais aussi son prédécesseur du PP Mariano Rajoy ou José Maria Aznaz (PP également) ont déjà été convoqués pour être entendus lors d'enquêtes judiciaires ou même de procès.
(C.Fournier--LPdF)