Le Pays De France - En Inde, dangereuses vies de piétons...

Paris -
En Inde, dangereuses vies de piétons...
En Inde, dangereuses vies de piétons... / Photo: © AFP

En Inde, dangereuses vies de piétons...

Point de vente informel, place de parking ou dépotoir, le trottoir a de multiples fonctions dans les villes d'Inde, sauf souvent celle pour laquelle il a été conçu: le déplacement des piétons en toute sécurité.

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Dans tout le pays, celui qui s'aventure dans la rue à pied est fréquemment contraint de marcher sur une chaussée encombrée de voitures, de camions, de motos ou d'autres attelages improbables, quand il ne s'agit pas de vaches en liberté.

Un jugement rendu en juin par la Cour suprême a pourtant érigé en "droit fondamental" la liberté pour tout Indien de se déplacer sur une voie protégée.

La plus haute instance judiciaire avait été saisie par la famille d'un enfant de 5 ans tué par un camion-citerne sur la route de son école qui, a-t-elle relevé, ne disposait ni de trottoir ni de passage piétons.

"Quand une route existe, il est un devoir de s'assurer qu'elle dispose de voies délimitées et bien entretenues réservées aux marcheurs", ont décrété les juges.

Dans la capitale New Delhi, le quotidien de l'autrice Patralekha Chatterjee révèle que ce droit désormais inaliénable est encore loin d'être acquis.

La route qu'elle emprunte régulièrement à pied est obstruée par des véhicules qui débordent, de trous ou d'ordures qui ne lui laissent d'autre choix que de s'aventurer au milieu de la circulation. "Les voitures vous menacent de tous les côtés", décrit-elle.

- Respect des lois -

Même constat à 2.000 kilomètres de là, dans la capitale de la "tech" indienne Bangalore (sud).

"Les trottoirs sont encombrés de vendeurs de rue, les magasins débordent et poussent les piétons sur la chaussée", déplore à son tour Srinivas Angadi, soulignant que "les protéger relève de la sécurité de tous".

En 2024, une commission nommée par la Cour suprême a révélé que 84% des trottoirs du pays ne respectaient pas les normes élémentaires de construction, et même qu'un quart d'entre eux seulement étaient décemment praticables.

Plus de 30.000 piétons décèdent chaque année sur les routes du pays le plus peuplé de la planète - un milliard et demi d'habitants - soit 11% du nombre de victimes mortelles d'accidents liés à la circulation, selon les statistiques du gouvernement.

En ce domaine comme dans beaucoup d'autres, c'est dans l'application des règles que le bât blesse, notent les promoteurs de la sécurité routière.

"Le problème de l'Inde n'est pas celui du manque de loi ou de règles mais de leur mise en œuvre et de leur respect par les autorités locales", déplore Rishi Aggarwal, qui a fondé à Bombay (ouest) un groupe de défense des droits des piétons.

Entre autres solutions, il préconise l'évacuation systématique des vendeurs informels de tous les trottoirs et leur relogement dans le confort, l'hygiène et l'air climatisé des centres commerciaux.

Pas simple, convient-il toutefois, dans un pays dont plus de trois quarts des emplois relèvent de l'économie informelle. "C'est donc une question de planification et de gouvernance", insiste Rishi Aggarwal.

(L.Chastain--LPdF)