Le Pays De France - A Uckange, les plantes au secours des sites industriels pollués

Paris -
A Uckange, les plantes au secours des sites industriels pollués
A Uckange, les plantes au secours des sites industriels pollués / Photo: © AFP

A Uckange, les plantes au secours des sites industriels pollués

Au milieu des hauts fourneaux désaffectés d'Uckange, vestiges de la sidérurgie mosellane, apparaissent quelques îlots de verdure. Loin d'être un simple ornement, ces plantes expérimentent une méthode naturelle pour dépolluer les sols saturés d'hydrocarbures et de métaux.

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D'une main légère mais précise, Sonia Henry, maître de conférences à l'Université de Lorraine IUT de Thionville, sème des graines dans les sillons de ce "jardin de transformation".

"Il s'agit d'une espèce végétale appelée Miscanthus x Giganteus, qui a la capacité de se développer sur des sols de friche industrielle impactés par la présence de polluants", explique la scientifique.

"On va l'utiliser dans le cadre de la dépollution des sols pour cibler les polluants organiques qui [s'y] trouvent", précise-t-elle.

Cette graminée, aussi appelée "herbe à éléphant", stimule les micro-organismes présents autour de ses racines. Ceux-ci contribuent à immobiliser les métaux et à limiter leur dispersion, tout en favorisant leur dégradation, notamment en modifiant le pH ou leur forme chimique, afin de les "faire disparaître" du sol.

- Gagner du temps -

Depuis 2022, Uckange, longtemps exploité pour la production de fonte, est devenu un laboratoire à ciel ouvert de la phytoremédiation, dans le cadre d'une initiative portée par la Communauté d'agglomération du Val de Fensch avec notamment l'université de Lorraine et l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae).

Cette technique exploite les capacités naturelles de certaines plantes pour absorber, transformer, stabiliser ou dégrader des polluants, une méthode moins invasive et moins coûteuse que l'excavation ou les traitements chimiques.

La particularité de ce site pilote, "c'est qu'on travaille en association d'espèces végétales", explique Sonia Henry.

En plus de Miscanthus, "on a mis en alternant une autre espèce qui va elle plutôt cibler les polluants métalliques, notamment le zinc. L'idée, c'est de travailler sur ces associations, de trouver les bonnes associations, les complémentarités pour permettre de gagner du temps en termes de dépollution et de gérer plusieurs polluants", explique Sonia Henry.

Cette autre plante, dont la scientifique refuse pour l'heure de dévoiler le nom, "va prélever les polluants dans les sols et les capter et les concentrer dans les parties aériennes" du végétal. Cette biomasse contaminée, qui ne se disperse pas dans l'air, sera ensuite récoltée afin que les scientifiques d'un autre laboratoire puissent récupérer les métaux qu'elle contient et les réutiliser.

A Uckange, deux catégories de polluants sont présentes: des polluants organiques (contenant du carbone), comme les hydrocarbures, et des polluants minéraux — nickel, chrome, zinc ou cuivre — répartis de manière hétérogène sur le site.

"L'utilisation de plantes quand elles sont bien sélectionnées peut être extrêmement efficace et on peut gérer en plus différents polluants en même temps, ce qui n'est pas toujours le cas d'autre méthodes physiques ou chimiques".

- Efficacité à long terme ? -

Pour quelle efficacité ? Il est encore un peu tôt pour le dire, mais les premiers résultats sont encourageants.

"C'est la deuxième année qu'on expérimente ça. Ce qu'on a vu sur la première année, c'est que ça fonctionnait, avec notamment des choses qui étaient plutôt positives en termes de dépollution", explique Mme Henry.

"Maintenant, on va prendre un petit peu de temps aussi pour essayer de matérialiser ça sur le long terme et avoir une idée du temps nécessaire pour la dépollution de la parcelle", ajoute-t-elle.

En effet, le temps de dépollution "dépend des teneurs en polluants", de leur diversité et "de ce qu'on appelle aussi leur biodisponibilité. Parfois, on peut avoir des polluants qui sont fortement bloqués sur les particules de sol, donc qui ne rentrent pas en contact avec les micro-organismes ou les systèmes racinaires des plantes, ce qui fait que ce n'est pas efficace".

L'expérimentation d'Uckange doit permettre de vérifier si les tests réalisés en laboratoire sont efficaces sur un terrain grandeur nature, avant à terme, de modéliser le procédé pour l'exporter.

(P.Toussaint--LPdF)