Dans les logements inadaptés aux canicules, des morts de chaud par milliers
"Morte de chaud" alors que Josette "aurait continué sa vie de quasi-centenaire" dans un logement frais. C'est le constat de son médecin qui observe, comme beaucoup de praticiens, les effets des logements inadaptés aux fortes chaleur sur la santé de leurs occupants.
Médecin généraliste à Carpentras (Vaucluse), "ville la plus chaude de France", Sébastien Adnot passe d'appartement surchauffé en appartement surchauffé lors de ses visites à domicile.
Parmi les décès survenus pendant les canicules de l'été, Josette, une femme âgée qui "s'est affaiblie doucement, malgré la présence de sa famille, des perfusions" et d'autres soins, avant de mourir "de chaud", raconte à l'AFP le médecin, également secrétaire général adjoint du syndicat MG France.
"De mémoire, il faisait entre 30 et 32 degrés chez elle. Son logement social est mal isolé, pas équipé de climatisation, elle disposait juste d'un ventilateur."
Le Dr Adnot en est sûr: "Si elle avait été en Ehpad ou avec la climatisation, elle aurait continué sa vie de presque centenaire".
Lors de la canicule historique de fin juin, et ses pics au-dessus de 40°C, la mortalité "toutes causes" (qu'on ne peut pas encore attribuer avec certitude à la chaleur) a été plus de deux fois plus élevée à domicile que celle des deux années précédentes, selon Santé publique France (SpF).
L'agence a comptabilisé 7.300 décès en excès pendant les fortes chaleurs survenues de fin mai jusqu'au 22 juillet, selon un bilan provisoire divulgué mercredi et voué à s'alourdir.
"Les personnes décèdent à domicile car leur logement ne les a pas protégées", accuse Maider Olivier, chargée de plaidoyer climat à la Fondation pour le logement des défavorisés, alertant l'Etat sur les logements bouilloires et la surexposition des quartiers populaires aux canicules.
- Risque multiplié par 5 -
Ces logements particulièrement inadaptés aux fortes chaleurs sont "au dernier étage, petits, souvent pas traversants, sans occultations extérieures et situés en ville, dans un îlot de chaleur", décrit Maider Olivier.
Lors de la canicule de 2003, qui avait causé 15.000 décès, la mortalité à domicile avait doublé, et SpF avait observé un risque mortel 4,8 fois plus élevé chez les habitants d'immeubles anciens non isolés que ceux habitant un immeuble récent ou isolé.
Dans le nord-est de Paris, où François Raymond effectue ses tournées d'infirmier libéral, des habitants d'immeubles des années 1960 et 1970 ont remarqué que "la canicule de juin a été plus supportable qu'en 2003" en raison des travaux d'isolation réalisés ces dernières années.
Le risque de décès est aussi multiplié par 4,1 pour les personnes dont la chambre se trouve sous les toits et par 1,8 pour les habitants d'îlot de chaleur urbain.
A Sceaux (Hauts-de-Seine), Louisette Rivalain, 93 ans, est décédée fin juin d'une hyperthermie après avoir été retrouvée inanimée chez elle. Son décès "était inévitable" selon ses voisins, mettant en cause l'absence de volets, retirés par le bailleur social pour effectuer des travaux.
A la même période, Daniel Topic, 60 ans, mourrait à Vannes, dans son logement "mansardé, non isolé, sans volet, au dernier étage", où 45°C ont été relevés, selon son frère qui a témoigné auprès de Ouest-France.
- "Vraie inégalité" -
L'Académie nationale de médecine relève de son côté que 41% des personnes décédés en août 2003 à Paris vivaient dans un logement composé d'une seule pièce et dans 12% des cas, la superficie ne dépassait pas 10m².
Des collègues infirmiers ont rapporté à Ghislaine Sicre, présidente du syndicat Convergence infirmière, des situations alarmantes dans "des maisons bungalow ou des cabanes de pêcheurs, des habitat petits, pas isolés et pas fait pour être habités en permanence, mais des personnes y vivent parce qu'elles sont précaires".
Les études mettent aussi en évidence l'importance des antécédents médicaux et de pathologies pré-existantes dans la vulnérabilité à la canicule de 2003, ainsi que la présence de l'entourage. "C'est l'isolement social qui tue", estime François Raymond.
Sébastien Adnot voit clairement un lien entre surmortalité et revenus modestes. "Les patients âgés, polypathologiques, qui ont les moyens d'avoir une maison climatisée ne vont pas à l'hôpital. La canicule va toucher ceux qui n'ont pas les moyens de s'en protéger, il y a une vraie inégalité", relève-t-il.
(L.Chastain--LPdF)