A Mayotte, Lecornu abat ses cartes pour accélérer la reconstruction
Sébastien Lecornu, en déplacement à Mayotte pour deux jours, s'est penché mercredi sur la lutte contre l'immigration clandestine et proposé de "revoir la gouvernance de la reconstruction" après le cyclone Chido, provoquant la colère d'une députée, dans ce département français où le Rassemblement national progresse.
Le Premier ministre, qui doit rester sur l'île de l'océan Indien jusqu'à jeudi soir, a d'abord présidé sur la base navale de Dzaoudzi une réunion de l'état-major opérationnel chargé de contrer les arrivées illégales, qui cristallisent la colère des Mahorais.
Il a annoncé que la France conditionnerait l'aide publique au développement pour les Comores et plusieurs pays africains (Burundi, Tanzanie, République démocratique du Congo, Rwanda, Somalie et Kenya) à une meilleure collaboration "dans la lutte contre les passeurs" et "la capacité de reprendre les étrangers en situation irrégulière".
Une fraction importante des 323.000 habitants de l'archipel recensés par l'Insee au 1er janvier 2026 sont de nationalité étrangère : cela représentait même près de la moitié de la population en 2017. Ces demandeurs d'asile viennent majoritairement des Comores voisines, mais avec une arrivée croissante de la région des Grands Lacs (RD Congo, Rwanda, Burundi...).
Entouré de six ministres dont ceux de la Défense et de l'Intérieur, Sébastien Lecornu a également annoncé une "militarisation" de la lutte contre l'immigration clandestine, avec un recours aux drones et à des ballons captifs pour surveiller les approches, et davantage de navires intercepteurs.
- "Blocages" -
Devant l'Assemblée de Mayotte, dont le président Ben Issa Ousseni a demandé que "l'espoir" suscité par le loi d'août 2025 pour relever l'archipel après Chido se "traduise en actes", le chef du gouvernement a proposé de "revoir la gouvernance" de la reconstruction, en associant davantage les maires, et en renforçant l'équipe préfectorale.
Le Premier ministre avait déjà promis dans un courrier aux maires lundi de "sortir de terre" les projets prévus. Quelque quatre milliards d'euros de crédits sont alloués dans la loi assortie d'une stratégie quinquennale 2026-2031, mais 12% seulement des engagements votés et délégués en 2026 ont été dépensés, selon le gouvernement.
La reconstruction "prend beaucoup trop de temps (...) et ça crée évidemment beaucoup de désespoir que je mesure", a-t-il admis mercredi devant les élus de l'archipel, désireux de "lever les blocages".
Il a reconnu des "difficultés persistantes" dans de nombreux domaines, comme l'accès à l'eau et aux soins, et des "retards" notamment dans la construction et la rénovation des écoles.
M. Lecornu a aussi promis de traiter la question des assurances, et redit qu'un comité de suivi des opérations de reconstruction se réunirait chaque mois à Matignon pour mesurer les avancées, un an et demi après le passage du cyclone qui a fait au moins 40 morts et détruit de nombreuses habitations.
Ses propositions ont provoqué la colère de la députée Liot Estelle Youssouffa, qui a dénoncé de la "com' politique" et promis de voter à nouveau la censure de son gouvernement.
- "Calamités" -
"On n'a pas assez de calamités naturelles ? Il faut en plus qu'on ait des calamités politiques ? C'est honteux", a-t-elle affirmé à la sortie du conseil départemental.
La conditionnalité de l'aide au développement existe "déjà dans les accords de 2019 avec les Comores" qui est le "principal" pourvoyeur de migrants, a-t-elle pointé, en regrettant son absence de réponse à la demande des élus de démanteler le camp de Tsoundzou 2, où vivent dans la précarité plus d'un millier de demandeurs d'asile.
Elle a aussi fustigé le projet du Premier ministre de revenir à Mayotte début 2027 alors qu'il est, sans majorité, "sur un siège éjectable".
A son arrivée, le Premier ministre a été accueilli par quelques dizaines de manifestants qui réclamaient une hausse des salaires visant à compenser la cherté de la vie. L'intersyndicale sera reçue jeudi matin par un de ses conseillers.
Jeudi il doit visiter un quartier de renouvellement urbain, avant de rencontrer des écoliers puis les maires.
Les candidats à la présidentielle ont commencé à se presser sur ce territoire de tradition musulmane où Marine Le Pen a obtenu 59% des suffrages au second tour de la présidentielle 2022. Elle sera encore la favorite dans l'archipel au printemps prochain.
L'ex-Premier ministre Edouard Philippe, candidat du parti Horizons, venu à Mayotte la semaine dernière, a multiplié les propositions visant à "fermer les vannes de l'immigration", et s'est attiré des critiques de la gauche.
(M.LaRue--LPdF)