Commerces pillés: des cagnottes de soutien virales sur les réseaux sociaux
Portées par les réseaux sociaux, des cagnottes en soutien aux commerçants sinistrés par les violences de ce week-end ont déjà récolté plusieurs centaines de milliers d'euros mardi, parfois à l'insu des bénéficiaires présumés.
La chanson "No Surprises" de Radiohead en fond, une créatrice de contenu se filme en train de marcher sur un tas de cartons vides, de coques de téléphone et de morceaux de plastique jonchant le sol d'une boutique de téléphonie à Paris pillée en marge des manifestations du 17 octobre.
"Ils ont tout volé, tout cassé", lâche-t-elle, aux côtés du propriétaire Hassan, avant de renvoyer ses spectateurs vers une cagnotte lancée pour le soutenir. Elle totalisait mardi près de 95.000 euros, avec plus de 10.000 participations.
Pendant le week-end, une vidéo d'Hassan, hagard et assis visage baissé devant sa boutique sinistrée, est devenue virale sur les réseaux sociaux, notamment grâce au média Brut.
Comme la boutique de téléphonie d'Hassan, environ 3.000 commerces en France ont subi des dégradations et nombre d'entre eux ont vu leurs rayons vidés par des émeutiers.
Mardi, la plateforme Leetchi comptait 79 cagnottes créées pour soutenir les commerçants suite aux événements du 17 octobre, totalisant plus de 185.000 euros. Sur le site Le Pot Commun, une quinzaine de cagnottes avaient été ouvertes à Paris et à Lyon principalement, rassemblant près de 10.000 euros.
"Les montants médians sont faibles, autour de 10 euros, ce qui est typique d'un élan spontané de particuliers", a précisé la plateforme à l'AFP.
- Cagnottes frauduleuses -
Mais plusieurs cagnottes en ligne ont été lancées à l'insu des commerçants qu'elles prétendent soutenir.
Le gérant d'un Micromania à Nice, défendant sa boutique face à des pilleurs dans une vidéo massivement partagée sur les réseaux sociaux, est lui aussi devenu l'un des visages de ces commerçants sinistrés. "Il y a quelqu'un sur Twitter qui se fait passer pour moi et il vous réclame de l'argent", met-il en garde dans une vidéo sur Instagram.
Le Pot Commun a affirmé à l'AFP avoir mis en place une surveillance renforcée depuis dimanche, conditionnant tout versement à la vérification de l'identité du bénéficiaire et de documents justifiant notamment l'"existence du commerce" ou le "lien entre l'organisateur et le commerçant".
Leetchi a déclaré appliquer des mesures similaires: "les tentatives non conformes sont ainsi neutralisées à la source et l'argent n'est jamais versé", assure la plateforme à l'AFP.
- Redistribution des fonds -
Certains commerçants ont décidé de prendre les devants et d'appeler eux-mêmes à la générosité, comme Vanessa Rivas, bijoutière à Lyon. "Bien évidemment j'ai une assurance, mais à quelle hauteur je vais être remboursée en étant à mon compte ? Je ne sais pas comment je vais me relever alors j'ai décidé de faire une cagnotte", déclare-t-elle la voix tremblante et les larmes aux yeux dans une vidéo diffusée sur Facebook.
Dans le centre-ville de Lyon, My Presqu'île, un réseau rassemblant plus de 200 commerçants, a lui-même lancé sa cagnotte sur Leetchi qui totalise plus de 7.000 euros.
L'association soutenue par l’État et la ville de Lyon entend redistribuer les fonds "selon des critères transparents prenant notamment en compte l'importance des dégâts subis, les besoins urgents de remise en état et la fragilité économique des commerces concernés".
Pour venir en aide aux commerces sinistrés, le gouvernement a de son côté annoncé la création d'un fonds de soutien spécifique, la possibilité d'avoir des aides de trésorerie "jusqu'à 50.000 euros" à taux zéro, un "étalement simplifié des charges fiscales et sociales", l'allongement de la durée pour faire les déclarations de sinistre et la mise en place dès mardi du chômage partiel à 100 %.
(H.Leroy--LPdF)