Le Venezuela réclame la libération de Maduro devant l'ONU tout en libérant des prisonniers "politiques"
Le Venezuela a réclamé lundi aux Nations unies la libération "immédiate" du président déchu Nicolas Maduro tout en relâchant des prisonniers dans le cadre de l'amnistie promulguée par la présidente par intérim sous la pression de Washington.
Maduro et la Première dame Cilia Flores ont été capturés lors d'une spectaculaire opération militaire américaine le 3 janvier. Tous deux attendent d'être jugés pour narcotrafic à New York, où M. Maduro s'est dit "prisonnier de guerre".
Sa vice-présidente Delcy Rodriguez a pris les rênes du pouvoir et opéré de nombreux changements sous pression de Washington, adoptant une loi d'amnistie pour libérer les prisonniers politiques ou réformant le secteur pétrolier pour l'ouvrir au privé.
Lundi, elle a notamment écarté du gouvernement Camilla Fabri, l'épouse d'Alex Saab, un homme lige de M. Maduro. Arrêté en 2020 au Cap-Vert et extradé en 2021 vers les Etats-Unis qui l'accusaient de détournement d'aide alimentaire et de blanchiment, Alex Saab avait été échangé en 2023 contre dix Américains emprisonnés au Venezuela.
Début février, des médias ont fait état de son arrestation à la demande du FBI alors qu'une source proche du pouvoir avait confié à l'AFP que Saab était "dans sa maison", sans vouloir en dire plus.
La loi d'amnistie promulguée jeudi doit permettre de libérer des centaines de prisonniers politiques. Le président de l'Assemblée nationale Jorge Rodriguez, frère de Delcy, a indiqué que 1.500 personnes avaient demandé à bénéficier de la mesure.
L'ONG Foro Penal, spécialiste de la défense des prisonniers politiques, a signalé que 65 personnes (7 vendredi, 15 samedi et 43 dimanche) ont été libérées au cours des trois derniers jours, selon un bilan publié lundi matin.
"Nous continuons à vérifier d'autres cas", a précisé l'un de ses directeurs, Gonzalo Himiob.
La loi a néanmoins été jugée insuffisante par des défenseurs des droits humains. Elle ne couvre pas, par exemple, les cas liés au domaine militaire, fréquents dans la prison de Rodeo 1, où quelque 200 détenus ont entamé une grève de la faim durant le week-end, selon leurs proches.
- Début des travaux à l'Hélicoïde -
S'adressant au Conseil des droits de l'homme des Nations unies, le ministre vénézuélien des Affaires étrangères, Yvan Gil, a demandé "la libération immédiate par le gouvernement des Etats-Unis du président constitutionnel" du Venezuela.
"Le 3 janvier 2026 a marqué un tournant d'une extrême gravité. Une action militaire illégale contre notre pays a entraîné la mort de plus de 100 personnes et la détention arbitraire" de M. Maduro et de son épouse, a ajouté le chef de la diplomatie vénézuélienne.
Nicolas Maduro a dirigé le Venezuela d'une main de fer entre mars 2013 et janvier 2026. Le pays est désormais présidé par Delcy Rodriguez, qui était sa vice-présidente depuis 2018.
Lundi, la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne Kaja Kallas a annoncé qu'elle allait proposer que l'UE lève ses sanctions à l'encontre de Mme Rodriguez. "Quant à parvenir à un consensus, nous verrons, nous ne le savons pas encore", a-t-elle déclaré devant la presse à Bruxelles.
Le chef de la diplomatie des États-Unis, Marco Rubio, doit demander cette semaine, lors du sommet des nations caribéennes, une position commune sur le Venezuela et le maintien de la pression sur Cuba.
Au Venezuela, à la prison de Rodeo 1 à une quarantaine de kilomètres de Caracas, des prisonniers ont crié pendant la nuit "Liberté!" "Qu'on sorte tous!", "Rodeo 1 en grève (de la faim)".
A l'inquiétude des familles se mêlait la joie des premières libérations, accueillies par des applaudissements, et l'espoir de nouvelles libérations.
La Croix-Rouge a eu accès dimanche, pour la première fois, à plusieurs prisons, dont Rodeo, afin d'évaluer l'état des détenus.
Lundi, des membres de la Croix-Rouge se sont à nouveau rendus à la prison, augurant de probables nouvelles libérations.
Jorge Rodriguez a indiqué qu'environ 11.000 personnes en liberté conditionnelle au cours de ces 27 années obtiendraient désormais une liberté pleine et entière.
Le gouvernement a, de son côté, annoncé le début de la transformation de l'Hélicoïde, prison symbole des tortures et des détentions arbitraires au Venezuela, dont la présidente par intérim a promis la fermeture mais qui accueille toujours des détenus.
(P.Toussaint--LPdF)