Népal: l'ex-Premier ministre Oli remis en liberté sans avoir été inculpé
L'ancien Premier ministre népalais KP Sharma Oli a été remis jeudi en liberté après douze jours de garde à vue dans le cadre de l'enquête ouverte sur la répression des émeutes qui ont causé la chute de son gouvernement en 2025, sans avoir pour l'heure été inculpé.
M. Oli, 74 ans, et son ex-ministre de l'Intérieur, Ramesh Lekhak, avaient été arrêtés le 28 mars, au lendemain de l'entrée en fonction du gouvernement dirigé par le rappeur de 35 ans devenu maire de Katmandou Balendra Shah, grand vainqueur des législatives du 5 mars.
Les deux hommes ont été libérés jeudi "à la condition qu'ils répondent aux convocations de la police", a déclaré à l'AFP un porte-parole de la police, Pawan Kumar Bhattarai.
Comme son ancien ministre, l'ancien Premier ministre a toujours nié avoir ordonné à la police d'ouvrir le feu sur les manifestants des 8 et 9 septembre.
Au moins 76 personnes ont été tuées et plus de 2.600 blessées lors de ces deux journées.
Sitôt la liberté recouvrée, M. Oli a dénoncé le dossier ouvert "par parti pris et par vengeance" contre lui par le gouvernement et jugé sa détention "illégale".
"J'ai finalement été remis en liberté sans qu'aucune raison ou aucune preuve ne permette de me poursuivre", s'est-il félicité, sûr de lui, sur les réseaux sociaux.
Peu après son arrestation, l'ancien chef du gouvernement avait été hospitalisé pour une série d'examens. "Pour des raisons de santé, je vais rester à l'hôpital quelques jours de plus pour me soigner", a-t-il fait savoir jeudi.
Saisie par l'épouse de l'ancien chef du gouvernement, la Cour suprême avait ordonné lundi que la détention de M. Oli ne soit pas prolongée au-delà de ce jeudi.
Dans un rapport publié dans la presse le mois dernier, une commission nommée par les autorités de transition avait recommandé des poursuites pénales pour "négligence criminelle" contre M. Oli, M. Lekhak et l'ancien chef de la police du pays notamment.
- Liasses de billets -
La commission a rapporté ne pas avoir "pu établir s'il y avait eu un ordre formel d'ouvrir le feu". Mais elle a considéré qu'"aucun effort n'a été fait pour arrêter ou maîtriser les tirs".
Le 8 septembre 2025, la police avait ouvert le feu sur de jeunes manifestants qui, par milliers, défilaient à Katmandou sous la bannière de la Génération Z pour dénoncer la corruption des élites et le chômage.
Le lendemain, la foule avait détruit de nombreux bâtiments publics, dont le Parlement, dans la capitale.
Dans une autre affaire, la justice népalaise a émis cette semaine un mandat d'arrêt contre un autre ancien Premier ministre, Sher Bahadur Deuba, dans une affaire de blanchiment d'argent.
Ce mandat a été délivré contre M. Deuba et son épouse, l'ex-ministre des Affaires étrangères Arzu Rana Deuba, sur requête du département chargé de la lutte contre la criminalité financière (DMLI), selon une source judiciaire.
Leur résidence avait été incendiée par les insurgés lors des événements de septembre. D'importantes sommes d'argent en liquide avaient été découvertes dans les décombres.
Agé de 79 ans, M. Deuba a dirigé à cinq reprises le gouvernement depuis 1995 et a longtemps dirigé le parti népalais du Congrès, avant d'en être écarté en janvier.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, il a dénoncé une "fausse propagande". "Ma vie a été toujours été transparente", a-t-il affirmé, ajoutant qu'il s'était "efforcé toute sa vie d'établir au Népal un système de gouvernance démocratique".
L'ex-ministre de l'Energie Deepak Khadka a lui aussi et interrogé par la police la semaine dernière dans le cadre d'une enquête pour blanchiment.
Le nouveau gouvernement a promis de mettre un terme à la corruption, une des principales exigences des protestataires de la Gen Z.
(R.Lavigne--LPdF)