Présidentielle en Colombie: la gauche au pouvoir affronte une droite pro-Trump
Un avocat antisystème et un allié du premier gouvernement de gauche de Colombie disputeront dimanche le second tour de l'élection présidentielle qui décidera si le pays opère un virage à droite ou maintient le cap actuel, en pleine résurgence de la violence.
Les Colombiens choisiront leur futur dirigeant entre le millionnaire , un novice en politique soutenu par le président américain Donald Trump, et le sénateur de gauche , proche du président sortant Gustavo Petro.
Interdit de réélection par la Constitution, M. Petro termine son mandat sur une forte popularité parmi les classes populaires, reconnaissantes pour la réduction de la pauvreté, les salaires plus élevés et une baisse du chômage dans l'un des pays les plus inégalitaires au monde.
Ses opposants fustigent au contraire la politique de "paix totale" par laquelle il a tenté, en vain, de démobiliser les groupes armés (guérillas d'extrême gauche, ex-paramilitaires, cartels). Ils lui reprochent d'avoir favorisé l'expansion d'une myriade d'organisations criminelles ainsi qu'une flambée de violence inédite depuis l'accord de paix avec la guérilla des Farc en 2016.
Ces quinze derniers mois, de nombreux dirigeants communautaires ont été assassinés, des civils ont péri dans des attentats, l'armée et la police ont été la cible d'attaques à répétition et un prétendant à la présidence a été tué.
"Tout ce que je demande, c'est que le prochain président fasse preuve de fermeté (...). Il y a trop d'insécurité", dit à l'AFP Ariel Jamaica, militaire à la retraite de 48 ans à Bogota.
- Polarisation -
Abelardo De la Espriella, homme d'affaires de 47 ans qui se fait appeler "Le Tigre", incarne le rejet de la figure de Gustavo Petro et une ligne dure face aux guérillas et narcotrafiquants dans un pays qui est le premier producteur de cocaïne au monde.
Au premier tour, il a créé la surprise en devançant Ivan Cepeda, philosophe de 63 ans, défenseur des droits humains et pièce maîtresse de la politique de "paix totale" du président Petro.
"Le rejet ou l'approbation du président a vraiment conditionné la campagne", relève Sergio Guzman, directeur du cabinet de conseil Colombia Risk Analysis.
Le second tour fera donc office de référendum sur le premier gouvernement de gauche de l'histoire de la Colombie, à l'heure où de nombreux pays d'Amérique latine ont viré à droite.
Défenseur des victimes d'un conflit armé interne vieux de six décennies, Ivan Cepeda promet de poursuivre les réformes sociales amorcées par le gouvernement actuel.
Après le premier tour, ce fils d'un homme politique communiste assassiné par des policiers alliés aux paramilitaires dans les années 90 a modéré ses propositions. Dans un entretien à l'AFP, il s'est dit disposé à revoir certains aspects de la politique de négociation avec les groupes armés.
A l'opposé, Abelardo de la Espriella entretient un slogan prônant la "fermeté pour la patrie", accompagné d'un salut militaire.
Admirateur des présidents salvadorien Nayib Bukele, argentin Javier Milei et de Donald Trump, le candidat de la droite dure, critiqué pour ses déclarations misogynes et homophobes, défend la plus grande fermeté contre le crime organisé.
Il veut faire construire des méga-prisons où les détenus seraient nourris "de pain et d'eau", bombarder les camps de narcotrafiquants avec le soutien de Washington et d'Israël, et supprimer le tribunal issu de l'accord de paix avec les Farc.
"Je vais défendre la Colombie par la raison ou par la force contre Petro et toute autre vermine", a lancé cet avocat qui s'est fait connaître en représentant des paramilitaires, narcotrafiquants et stars de foot.
De nationalités colombienne et américaine, il entend réduire de 40% l'appareil d'Etat notamment via des suppressions de postes, baisser les impôts et développer la fracturation hydraulique.
Kevin Guetivo, agriculteur de 28 ans dans le département amazonien du Putumayo, se dit "inquiet" face à ce candidat qui "cherche à détruire l'environnement".
Les relations avec Washington, allié historique de Bogota, sont un autre marqueur de la campagne. Donald Trump, qui a eu des altercations répétées avec Gustavo Petro, a apporté dans l'entre-deux-tours un soutien appuyé à Abelardo de la Espriella.
Ivan Cepeda a pour sa part prévenu que son pays ne se transformerait pas en "colonie" des Etats-Unis.
(H.Duplantier--LPdF)