Les carburants repartent à la hausse avec le regain de tensions internationales
Les carburants sont repartis à la hausse, notamment le gazole qui a passé la barre des deux euros mercredi, sous l'effet d'un regain de tensions internationales. Et alors que de nombreux Français prennent la route des vacances, un rapport parlementaire appelle à s'inspirer d'un dispositif d'aide espagnol.
Le dispositif d'aides publiques déployé pour faire face à la flambée des prix du carburant depuis le déclenchement de la guerre dans le Golfe a été "un échec total", a estimé mercredi le député socialiste Philippe Brun, en commentaire d'une mission flash de l'Assemblée nationale sur le sujet.
"Seulement 24% des Français qui pouvaient y prétendre ont eu recours" à l'aide aux gros rouleurs de 100 euros décidée par le gouvernement au printemps, a-t-il expliqué. "On a arrosé du sable, alors que d'autres solutions étaient possibles, notamment celles mises en place par le gouvernement espagnol" du socialiste Pedro Sanchez.
Le député plaide pour la mise en place en France d'une fiscalité "flottante" sur les carburants, qui baisserait automatiquement les taxes lorsque le prix du carburant monte, et inversement.
Cette "mesure d'urgence" inspirée de l'Espagne permettrait "d'éviter une flambée des prix et serait neutre fiscalement pour l'Etat", a affirmé Philippe Brun lors d'un point presse à l'Assemblée nationale. Selon lui, le manque à gagner pour les finances espagnoles est de 80 millions d'euros en matière de TVA et d'"environ 300 millions d'euros pour les baisses de taxes spécifiques sur les carburants".
- Budget français contraint -
De son côté, la ministre déléguée à l'Energie et porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a assumé mercredi sur BFM TV/RMC les modalités d'aides aux ménages sur les carburants, affirmant que 1,1 million de personnes, soit environ "un peu moins de 40% de ceux qui étaient éligibles" ont touché l'aide aux gros rouleurs de 100 euros.
Ce chiffre est plus élevé que celui présenté par Philippe Brun, qui explique que 40% des gens éligibles ont fait la demande pour l'aide, mais seuls 24% l'ont effectivement perçue.
Concernant l'exemple espagnol, Mme Bregeon a pointé la différence entre la situation des finances publiques de part et d'autres des Pyrénées. "Si l'Espagne aujourd'hui a un déficit" tel que le pays "est en capacité de faire ces aides, c'est parce qu'elle a su faire des réformes", notamment "des retraites", a-t-elle avancé.
Dans son rapport, M. Brun précise que le coût prévu de l'aide "gros rouleurs", si toutes les personnes éligibles y recouraient, serait de 320 millions d'euros, contre "entre 70 et 80 millions d'euros si le taux de recours restait inférieur à 25%".
La question pourrait redevenir pressante pour les autorités car les prix des carburants augmentent de nouveau avec les tensions entre Etats-Unis et Iran dans le Golfe, et en raison d'attaques ukrainiennes contre les raffineries de la Russie, important producteur d'hydrocarbures.
Les cours du pétrole montaient un peu mercredi, autour des 80 dollars, après après avoir atteint mardi de nouveaux sommets depuis mi-juin.
Et la Russie a annoncé le 8 juillet interdire ses exportations de gazole à la suite de frappes ukrainiennes sur ses infrastructures de raffinage. Cela a tendu le marché du gazole en réduisant le carburant disponible à l'échelle mondiale.
- Gazole au-dessus des deux euros -
En France, le gazole, carburant le plus consommé, a franchi le seuil des 2 euros mercredi pour la première fois depuis le 15 juin, selon des données gouvernementales collectées par l'AFP.
Il se vendait à 11H00 au prix de 2,003 euros le litre (moyenne sur 9.535 stations-service), en hausse de 4,4% par rapport à la semaine précédente.
L'essence SP98 s'achetait 2,023 euros le litre et était repassée au-dessus des 2 euros le 30 juin, tandis que le SP95-E10, essence la plus consommée, coûtait 1,944 euro le litre, en moyenne sur 7.304 stations (+1,6% sur sept jours).
Ces chiffres excluent la Corse et les départements et régions d'outre-mer.
Depuis 2006, les stations-service ont l'obligation de communiquer leurs prix au site gouvernemental . Ces données sont publiées en libre accès et analysées par l'AFP.
(A.Monet--LPdF)