Les Russes aux urnes pour le dernier jour des législatives
Les Russes se rendent aux urnes dimanche pour le troisième et dernier jour d'élections législatives qui devraient sans surprise se solder par la victoire du parti de Vladimir Poutine, plus de quatre ans et demi après le début de la guerre en Ukraine.
Ces législatives, les premières depuis le début de l'offensive à grande échelle contre l'Ukraine en 2022, visent à renouveler les 450 sièges de la Douma, la chambre basse du Parlement russe, et se déroulent aussi dans les territoires d'Ukraine occupés et annexés par la Russie.
Rappelant la réalité d'un conflit marqué ces derniers mois par une intensification des frappes des deux côtés du front, le dernier jour de vote a été précédé dans la capitale russe par une attaque mobilisant des centaines de drones. Le gouverneur de la région entourant Moscou, Andreï Vorobiov, a fait état de 249 drones abattus par la défense anti-aérienne, touchant plusieurs zones résidentielles de la périphérie où deux morts ont été recensés.
A Moscou même, une importante raffinerie a été endommagée, selon le maire Sergueï Sobianine.
L'issue du scrutin fait peu de doute dans un pays où l'expression de la dissidence est sévèrement réprimée par les autorités et alors que le seul parti frontalement opposé à la guerre, Iabloko, a été écarté.
Les analystes scruteront malgré tout le taux de participation et les résultats des partis alternatifs pour sonder l'état d'esprit des Russes, confrontés à des sanctions économiques occidentales, des frappes ukrainiennes régulières, des pénuries d'essence et des limitations dans le fonctionnement de l'internet dans plusieurs régions.
Face à Russie unie, le parti au pouvoir, seules des formations soutenant à des degrés divers Vladimir Poutine et la poursuite du conflit en Ukraine - les communistes du KPRF, les nationalistes du LDPR, les conservateurs de Russie juste et les libéraux du parti des Nouvelles personnes - ont été autorisées à concourir.
Écartée du scrutin, l'opposition en exil a appelé tous les "Russes opposés à la guerre" à voter contre le parti de Vladimir Poutine le même jour à la même heure, dimanche à midi, pour montrer leur nombre.
L'Union européenne a de son côté dénoncé des élections se déroulant dans un climat de "répression systématique et institutionnalisée".
Le vote, qui a commencé vendredi matin, va durer jusqu'à 18H00 GMT dimanche et les premiers résultats sont attendus dans la foulée.
- Cyberattaque -
Devant un théâtre moscovite, transformé en bureau de vote, en plein centre de la capitale russe, Tatiana, retraitée de 71 ans qui ne donne pas son nom, a dit samedi à l'AFP avoir voté pour Russie unie.
"C'est le plus grand parti, le plus travailleur et qui a le plus de résultats", estime-t-elle.
Diana, 30 ans, a donné pour sa part sa voix au parti des Nouvelles personnes, en espérant que cette formation accordera davantage d'attention aux problèmes économiques.
"Beaucoup de gens ont perdu leur emploi. Les salaires sont désormais en baisse, et non plus en hausse", regrette-t-elle, affirmant par ailleurs vouloir la paix avec l'Ukraine.
"Mais en regardant toute cette situation, il me semble que (la guerre) ne finira pas bientôt", ajoute la jeune femme qui a requis l'anonymat.
Alors que le vote se déroule également électroniquement dans une trentaine de régions, la Commission électorale a fait état samedi d'une "cyberattaque très puissante" pour tenter de perturber le scrutin. Selon elle, "la situation est sous contrôle et la sécurité du système" est assurée.
Elle a également rapporté que des lignes de communication dans l'Extrême-Orient russe avaient été sectionnées dans le même but.
"Nous considérons cet incident comme un acte délibéré de sabotage", a déclaré Ella Pamfilova, présidente de la Commission électorale.
Autre sujet qui pèse sur ces élections: la crainte d'une nouvelle mobilisation militaire sur le modèle de la "mobilisation partielle" de 300.000 réservistes en septembre 2022.
Depuis que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé qu'une telle mesure serait annoncée "à l'automne" après les législatives, son homologue russe et son entourage ont réfuté à de multiples reprises ce scénario, très impopulaire jusque dans les cercles dirigeants à Moscou.
(O.Agard--LPdF)