L'ambitieux plan de protection de la nature prend du retard, alertent des militants du climat
Les Etats ne sont pas en voie de protéger 30% des terres et des océans d'ici 2030 contrairement à leurs engagements, affirment des associations de défense de la nature dans un rapport publié à un mois du sommet international pour la biodiversité, la COP17, en Arménie.
L'objectif "30x30", un engagement à protéger 30% de la nature d'ici à la fin de la décennie, est l'une des pièces maîtresses d'un accord international pour la nature, considéré comme l'équivalent de l'accord de Paris pour le climat, conclu par les Etats en 2022 à la COP de Montréal.
Mais les engagements ne se traduisent pas assez vite dans les actes, constate ce rapport publié par les organisations de protection de la nature Campaign for Nature et Together for the Ocean.
"Les gouvernements ont déjà démontré qu'il était possible de réaliser des progrès rapides, mais le monde n'est pas encore en bonne voie pour atteindre une couverture de 30%", a affirmé Brian O'Donnell, directeur de Campaign for Nature, au cours d'un échange avec la presse dont l'AFP.
- Les océans en retard -
Environ 20% des terres et des eaux intérieures sont classées comme zones protégées ou conservées, et le niveau pourrait monter à 27% d'ici 2030 si les gouvernements respectent pleinement leurs engagements.
Mais la protection des océans est loin des objectifs, avec 10% des océans protégés, un niveau susceptible de n'augmenter qu'à 12% d'ici la fin de la décennie, anticipe le rapport.
Ces conclusions surviennent quelques jours avant que les Etats fassent le point sur les progrès réalisés à l'échelle mondiale dans la réalisation des objectifs, lors du sommet sur la biodiversité (COP17), en Arménie du 19 au 30 octobre.
Elles font suite à un avertissement similaire de la Convention sur la diversité biologique, le traité des Nations unies qui encadre les objectifs mondiaux en matière de protection de la nature et compte 196 pays mais pas les Etats-Unis, qui a le mois dernier affirmé que les pays n'étaient pas en voie d'atteindre leurs objectifs.
Le financement de la conservation constitue l'un des principaux obstacles, puisque les objectifs requièrent des investissements annuels d'entre 100 et 180 milliards de dollars, là où les dépenses mondiales représentent aujourd'hui environ 24 milliards de dollars.
"Le déficit est particulièrement flagrant en ce qui concerne les océans, où environ 16 milliards de dollars sont nécessaires chaque année, mais où seul 1,8 milliard de dollars est actuellement dépensé, selon les estimations", est-il écrit dans le rapport.
- Contributions du privé -
"Combler ce déficit de financement exigera des engagements nationaux et internationaux nettement plus importants de la part des gouvernements", ainsi que des contributions du secteur privé, a dit M. O'Donnell, en particulier à destination des pays en développement.
Les gouvernements devraient puiser davantage dans leurs budgets, a-t-il ajouté, mais pourraient aussi légiférer pour obliger les industries polluantes, telles que les entreprises du secteur des énergies fossiles et des mines, à contribuer à la conservation.
Malgré tout, l'objectif "30x30" reste "réalisable", de l'avis de Brian O'Donnell, qui a cité les pays ayant récemment étendu leurs zones protégées et conservées, la France, l'Australie, le Costa Rica, Oman et l'Afrique du Sud.
"Je pense que c'est faisable. Mais je ne pense pas que ce sera facile", a-t-il ajouté.
Le sommet des Nations unies à Erevan, constitue la principale instance permettant d'examiner les progrès réalisés dans le cadre de cet accord, de négocier les financements et de convenir d'autres mesures nécessaires pour atteindre les objectifs fixés pour 2030.
(V.Blanchet--LPdF)