Le Pays De France - Le commissaire européen au Commerce en Chine pour éviter l'escalade

Paris -
Le commissaire européen au Commerce en Chine pour éviter l'escalade
Le commissaire européen au Commerce en Chine pour éviter l'escalade / Photo: © AFP/Archives

Le commissaire européen au Commerce en Chine pour éviter l'escalade

Le commissaire européen Maros Sefcovic entame jeudi deux jours d'importantes discussions à Pékin pour éviter une escalade commerciale en tentant d'obtenir des actes chinois concrets et significatifs en vue d'un rééquilibrage des échanges.

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Le commissaire au Commerce se rend en Chine conforté par une fermeté affirmée de la part de l'Europe d'agir face à un déficit commercial qui atteint depuis 2025 autour d'un milliard d'euros par jour avec la Chine.

L'UE menace de sévir devant ce que la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a qualifié de "point de bascule". Mais la Chine prévient qu'elle réagira en cas de mesures qu'elle jugera contraires à ses intérêts.

Bruxelles et Pékin dialoguent depuis des mois pour résoudre la crise. Les Européens dénoncent les subventions massives accordées selon eux par l'Etat chinois aux entreprises nationales et les surpacacités de l'industrie qui se déversent à moindre coût sur le marché européen et mettent en péril des secteurs entiers comme l'automobile.

Ils critiquent les obstacles mis à l'accès des entreprises européennes au marché chinois, l'instrumentalisation, à leurs yeux, des chaînes d'approvisionnement, ainsi que la sous-évaluation de la monnaie chinoise.

Autant d'accusations que Pékin réfute. Les experts soulignent aussi, outre les pratiques chinoises, les faiblesses et les vulnérabilités de l'économie européenne.

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE se réunissent en sommet mi-octobre. A cette occasion sera présentée une proposition franco-allemande pour que l'Europe se dote, en plus des instruments existants, d'un outil qui permettrait en quelques jours d'exclure du marché intérieur les biens et les services d'un pays en guerre commerciale avec l'UE.

La Chine n'est pas explicitement mentionnée. Mais un tel dispositif anticiperait une éventuelle confrontation commerciale ouverte.

Le ministère chinois du Commerce a exhorté Berlin et Paris à "s'abstenir d'encourager l'UE à recourir à des outils protectionnistes à tout bout de champ", dont elles risquent au final de "subir elles-mêmes les conséquences".

- Le levier des terres rares -

"La Chine reconnaît l'existence de déséquilibres commerciaux" avec l'UE, mais "elle rejette l'analyse de cette dernière selon laquelle ces problèmes seraient principalement dus à des surcapacités chinoises ou à une concurrence déloyale", dit Zhu Tian, professeur à la China Europe International Business School de Shanghai.

L'une des inquiétudes européennes est que la Chine ne recoure à l'arme des terres rares, matières premières essentielles à de nombreuses industries stratégiques et dont la Chine domine l'extraction et le raffinage. La dépendance de l'Europe en la matière est très forte et elle avait été durement affectée par les restrictions imposées en 2025 par Pékin sur les exportations.

L'idée, côté européen, est de ne pas en arriver là. M. Sefcovic cherchera à Pékin de "premiers résultats concrets" lors de ses entretiens, avait indiqué un porte-parole de l'exécutif européen en annonçant le déplacement.

La Chine, avec sa dépendance aux exportations et ses propres difficultés économiques intérieures, n'a pas intérêt au conflit. "Cela confère à l'UE un pouvoir de négociation", souligne dans un communiqué le président de la Commission du Parlement européen pour le commerce international Bernd Lange.

"L'Europe est prête à coopérer. Mais s'il n'y a pas de résultat substantiel, l'Union européenne doit agir et définir les prochaines étapes en novembre", dit-il.

Les Européens aimeraient obtenir de la Chine des engagements à réduire volontairement ses exportations dans quelques secteurs clés, comme les véhicules hybrides, et un accès renforcé aux terres rares.

Il serait "irréaliste" d'escompter un accord global, mais "si on réussissait à identifier un secteur où tester un accord de limitation des exportations avec la Chine, ce serait déjà un pas en avant", dit à l'AFP Ignacio Garcia Bercero, expert à l'institut Bruegel.

"Les deux parties ont tout intérêt à éviter une guerre commerciale, je pense donc qu'un terrain d'entente est possible", abonde Zhu Tian. "Toutefois, les divergences restent considérables. Il faut s'attendre à la poursuite des négociations et à la conclusion d'accords sur des points précis, plutôt qu'à un règlement global", présage-t-il.

(C.Fontaine--LPdF)