Le Pays De France - COP17: la science à nouveau remise en cause par plusieurs pays, accusent certaines nations

COP17: la science à nouveau remise en cause par plusieurs pays, accusent certaines nations
COP17: la science à nouveau remise en cause par plusieurs pays, accusent certaines nations / Photo: © AFP

COP17: la science à nouveau remise en cause par plusieurs pays, accusent certaines nations

Dans la dernière ligne droite des négociations de l'ONU sur la biodiversité, les tensions politiques s'intensifient : certains pays en accusent d'autres de chercher à affaiblir les bases scientifiques qui éclairent la politique mondiale de protection de la nature, selon des déclarations de délégués gouvernementaux et d'observateurs avertis recueillies jeudi par l'AFP.

Taille du texte:

Ce différend croissant autour de la science inquiète les négociateurs chevronnés, d'autant qu'il fait écho aux tentatives récentes de pays dépendants des énergies fossiles de retarder la publication des rapports du Giec, référence mondiale sur le changement climatique.

"Ce qui se passe ici est comparable à ce que l'on observe avec le Giec", a déclaré un délégué du gouvernement français présent au sommet COP17 à Erevan (Arménie), qui a requis l'anonymat pour s'exprimer sur des négociations encore en cours.

A la COP17, près de 200 nations doivent s'accorder d'ici vendredi soir sur la manière dont ces conclusions scientifiques pourraient guider la protection mondiale de la nature. Or, quatre pays "ne veulent pas les reconnaitre", entravant ainsi les progrès, a alerté le délégué français.

Un négociateur d'un autre pays développé a confirmé à l'AFP que ces quatre nations étaient à l'origine de cette démarche.

"Il existe une alliance manifeste entre la Russie, l'Arabie saoudite, l'Argentine et, dans une certaine mesure, le Brésil. Ils travaillent de concert pour tenter d'édulcorer les rapports de l'IPBES, pour éviter qu'ils soient accueillis favorablement, ou encore pour les utiliser comme monnaie d'échange sur d'autres points de négociation", a-t-il expliqué.

- "Texte sans ambition -

Les résistances visent deux évaluations de référence de l'IPBES - le groupe d'experts sur la biodiversité soutenu par l'ONU - consacrées aux liens entre les crises de la nature et du climat, ainsi qu'aux forces économiques qui les alimentent.

Le litige se concentre sur quelques paragraphes du projet d'accord : faut-il "accueillir favorablement" les conclusions scientifiques, ou simplement en "prendre note"?

Dans le jargon des négociations onusiennes - où chaque terme est pesé et discuté - cette seconde formulation est jugée beaucoup plus faible.

Selon le délégué français, le projet d'accord actuel est "un texte sans ambition". Une bataille doit toutefois s'engager pour réintroduire des formulations plus fermes avant la clôture du sommet.

"Parce que si on n'a plus de base scientifique sur laquelle travailler, alors tout ce qu’on discute ici ne sont que des opinions", s'est insurgé ce représentant.

Des universitaires et des militants de la société civile présents à la COP17 ont publié une déclaration commune exprimant leur inquiétude quant à l'état des négociations.

Interrogé par l'AFP à Erevan, le président de l'IPBES, David Obura, s'est refusé à tout commentaire, les discussions étant encore en cours.

- "Créer un précédent" -

Ce différend s'inscrit dans une tendance croissante au sein des négociations climatiques fondées sur le consensus: certains pays producteurs de pétrole sont accusés d'entraver les efforts visant à s'attaquer aux combustibles fossiles, aux déchets plastiques et à d'autres atteintes à l'environnement.

Et la science climatique est depuis longtemps un sujet sensible: le Giec se trouve actuellement dans une impasse, certains pays, dont l'Arabie saoudite et l'Inde, faisant pression pour retarder la publication de ses prochains rapports de référence sur le réchauffement climatique.

L'an dernier, dans une décision inédite, un résumé essentiel du "Global Environment Outlook" (Perspectives de l'environnement mondial) - un rapport scientifique phare de l'ONU - a été torpillé en raison de désaccords entre nations sur les combustibles fossiles.

"Les rapports du Giec ont presque toujours été politisés... Mais dans le domaine de la biodiversité, ils suscitaient beaucoup moins de controverses jusqu'à ces dernières années, et particulièrement lors de cette COP", a expliqué le négociateur.

"Ces processus ne sont jamais simples, aucune décision ne l'est. Il y a toujours des discussions pointilleuses sur la formulation, mais la situation s'est nettement dégradée", a-t-il ajouté.

"L'enjeu n'est pas tant dans ce texte en particulier - bien qu'il soit très significatif - que dans le précédent qu'il instaure", a jugé Bethan Loughlin, spécialiste principale des politiques au sein de la Zoological Society of London, jugeant cette tendance inquiétante.

(V.Castillon--LPdF)