Les républicains au Congrès prêts à défier Trump sur sa salle de bal
Donald Trump pourrait voir jeudi les élus de sa majorité au Congrès lui infliger un rare revers en refusant de financer publiquement sa salle de bal à la Maison Blanche, et en imposant des restrictions à un fonds d'indemnisation décrié par l'opposition démocrate.
Les sénateurs sont appelés à voter dans la nuit de jeudi à vendredi sur un texte budgétaire qui porte en grande majorité sur le financement de la police de l'immigration (ICE) et de la police aux frontières (CBP) pour plus de 70 milliards de dollars.
Mais le projet de loi présenté prévoyait aussi un milliard de dollars pour le Secret Service, l'agence de protection des personnalités politiques aux Etats-Unis. Ce milliard devait être utilisé pour des infrastructures de sécurité liées au projet de salle de bal à la Maison Blanche.
En octobre, Donald Trump avait fait détruire au bulldozer une aile entière de la Maison Blanche pour y construire une salle de bal censée pouvoir accueillir jusqu'à 1.000 personnes pour des réceptions diverses et des dîners en l'honneur de dignitaires étrangers.
Le président républicain avait alors assuré que cette construction serait financée par des dons privés.
Le sénateur républicain John Kennedy a affirmé mercredi devant la presse que "les voix ne sont pas là" dans la majorité pour approuver ce milliard de dollars.
- "Patate chaude" -
Plusieurs élus républicains ont en effet exprimé leur malaise face à ce projet luxueux, au moment où la confiance des ménages américains est en berne et à quelques mois d'élections de mi-mandat déjà mal emmanchées pour la droite.
"Ça ne sera pas toléré", a affirmé mardi la sénatrice républicaine Lisa Murkowski, connue pour ses positions modérées dans la majorité.
Pour le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer "les républicains ont essayé de faire passer en douce un milliard de dollars pour la salle de bal dépravée de Trump".
"Mais les Américains l'ont attrapé la main dans le sac, et maintenant ils essaient d'abandonner cette patate chaude", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse jeudi devant le Capitole.
Outre la salle de bal, plusieurs médias américains ont rapporté que des restrictions pourraient être apportées à un autre volet du texte, portant sur un fonds d'indemnisation de près d'1,8 milliard de dollars.
Le gouvernement Trump a présenté lundi ce fonds "anti-instrumentalisation", pensé pour "entendre et réparer les griefs des personnes ayant été victimes d'une instrumentalisation" politique de la justice.
Pourraient être concernés les centaines de partisans de Donald Trump traduits en justice pour leur participation à l'assaut contre le Capitole le 6 janvier 2021.
- "Inquiets" -
Le fonds a suscité les critiques de parlementaires démocrates, la députée Alexandria Ocasio-Cortez le qualifiant de "corruption pure et simple" et le sénateur Chris Van Hollen le décrivant comme une "caisse noire, financée par vos impôts", que Donald Trump pourra "utiliser pour récompenser ses alliés politiques".
Des critiques répétées jusque dans le camp républicain.
"Les gens sont inquiets de payer leur hypothèque ou leur loyer, de pouvoir payer leurs courses ou leur essence, pas d'assembler un fonds d'1,8 milliard de dollars pour le président et ses alliés afin de payer qui ils veulent", a déclaré mercredi sur X le sénateur Bill Cassidy.
Selon le média Punchbowl News, les sénateurs républicains réfléchissent à imposer des restrictions sur l'éligibilité à ce fonds.
Avant le vote sur l'adoption du texte global, un marathon législatif aura lieu au Sénat lors duquel les démocrates pourront offrir des amendements.
Le but pour les élus de l'opposition sera d'offrir des modifications au texte susceptibles d'être populaires auprès du grand public, et pouvoir ensuite dénoncer le refus des républicains de les mettre en oeuvre.
"Nous montrerons que les démocrates se battent afin de baisser les prix pour les soins de santé, pour l'énergie, les courses, l'essence, la garde d'enfants", a assuré Chuck Schumer.
(F.Bonnet--LPdF)