Le Pays De France - Sextorsion : les signes avant-coureurs et la réaction des parents face au chantage numérique

Sextorsion : les signes avant-coureurs et la réaction des parents face au chantage numérique
Sextorsion : les signes avant-coureurs et la réaction des parents face au chantage numérique

Sextorsion : les signes avant-coureurs et la réaction des parents face au chantage numérique

Le chantage sexuel en ligne, ou sextorsion, s'attaque à des adolescents de plus en plus jeunes via des profils fictifs sur les réseaux sociaux. Face à ce fléau numérique, l'anxiété et la honte poussent souvent les victimes au silence. Samuel Comblez, psychologue de l'association e-Enfance, décrypte le piège et explique comment réagir sans culpabiliser l'enfant.

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Le scénario se répète avec une régularité inquiétante : une discussion apparemment innocente sur un réseau social, l'envoi d'une photo intime par confiance, suivie immédiatement d'une menace de divulgation publique si la victime ne cède pas aux exigences financières ou sexuelles. Ce phénomène de sextorsion touche désormais des adolescents dont l'âge diminue progressivement, transformant les espaces numériques en terrains de chasse pour des prédateurs expérimentés.

Contrairement à une idée reçue, le piège ne se tend jamais par une agression frontale. Il s'installe patiemment, souvent au sein d'un jeu vidéo en ligne, d'un groupe WhatsApp ou d'une plateforme de rencontres. L'agresseur adopte un profil rassurant, celui d'un camarade de classe ou d'un adolescent flatteur, pour établir un lien de confiance avec sa cible. Une fois cette emprise psychologique et séductrice installée, l'inconnu pousse la victime à se dévêtir devant une webcam ou à envoyer des clichés compromettants. Dès que l'image est enregistrée, le piège se referme brutalement.

Aujourd'hui, la nature de la preuve a évolué. Il n'est plus indispensable d'avoir reçu une photo déshabillée pour être victime. Selon Samuel Comblez, psychologue et directeur général adjoint de l'association e-Enfance, qui gère le numéro national 30 18 contre les violences numériques, des outils technologiques actuels permettent de fabriquer des faux clichés réalistes à partir d'une simple photo de classe volée sur un profil. Cette frontière floue entre réalité et fabrication numérique pousse certains jeunes à douter de leurs propres souvenirs.

La réaction de la victime est souvent marquée par le silence, alimenté par la peur d'être puni ou terrassée par la honte. Pourtant, l'anxiété transparaît dans des détails du quotidien. Pour les parents qui découvrent la situation ou dont l'enfant craque, la première règle est de ne pas crier ni de confisquer le téléphone. L'objectif est que l'adolescent se sente épaulé et non coupable.

Samuel Comblez met en garde contre la tentation de médicaliser immédiatement la situation ou d'imposer un calendrier de guérison. Une fois les images supprimées, la plupart des jeunes souhaitent simplement passer à autre chose et que l'on arrête d'en parler à la maison. La reconstruction de la confiance peut passer par des activités collectives comme le sport, une chorale ou du bénévolage. La consultation d'un professionnel ne doit se faire qu'avec l'accord du jeune, sans baguette magique.

Face au silence et à la naïveté exploités par les prédateurs, la discussion reste la barrière la plus solide. Samuel Comblez souligne que, durant ses vingt-cinq ans de métier, il n'a jamais entendu un patient regretter d'avoir été trop prévenu. Au contraire, beaucoup regrettent de ne pas avoir compris plus tôt qu'un adulte peut emprunter l'identité d'un jeune en ligne. Expliquer dès le primaire ou le collège qu'il ne faut jamais accepter de demande intime devant un écran permet de désamorcer le piège avant même qu'il ne se referme.

(H.Duplantier--LPdF)